Kirghistan après le Tadjikistan

Tadjikistan? Un pays qui m?a laissé un fort sentiment d?intemporalité tant la vie est encore en autarcie dans la plupart des vallées. J?avais oublié le froid et mon corps peine un peu à s?y ré-acclimater. J?ai donc dû ressortir du fond des caisses les gros gants, la doublure de ma veste et de mon pantalon, même un collant tant la morsure du vent est forte lorsque je roule? Même si je ne roule pas vite sur des routes sinueuses et dans des états relatifs. Dans les passages en altitude, à bien plus de 4'000 mètres, j?ai croisé ou dépassé des véhicules qui crachotait avec peine. Ma Crossrunner avale les pentes comme au niveau de la mer. J?en suis moi-même surprise lorsque je pense à certain col avec ma Varadero l?an dernier, où j?ai eu parfois peur de devoir pousser. Il est vrai que j?avais alors un carburateur contre des injecteurs électroniques de dernière génération cette année. Si la technologie trop avancée pénalise parfois le voyageur, qui peine à réparer des systèmes électroniques, elle permet néanmoins une fiabilité exemplaire.
Le bonheur de rouler dans ces montagnes n?en est que décuplé, alors que toute mon attention peu se porter sur les paysages inimaginables plutôt que sur l?écoute de chaque bruit de ma moto.
Puis vient le Kirghizstan, pays où la liberté éclate partout : auprès des nomades et de leurs yourtes qui sont en train de se préparer à redescendre dans les plaines ; vers les troupeaux de chevaux qui s?ébattent sans barrière ; dans les vallées, qui sillonnent gaiment entre les monts acérés?.
Je roule par petites étapes, profitant des rencontres pour me fondre dans ce pays qui termine sa période estivale. Je suis plus qu?heureuse du moteur suffisamment silencieux qui ne perturbe pas trop ainsi l?ambiance calme des lieux. Les cavaliers d?ici me regardent passer sans le dégoût qu?ils ont parfois pour les véhicules à moteur classique. Bien que sur un cheval mécanique, je suis une cavalière et il me respecte comme telle. Ce n?est pas toujours le cas et c?est agréable. J?ai juste un peu peur lorsque je vois les enfants monter sur ma moto à l?arrêt, alors que la béquille paraît parfois fragile. Mais beaucoup d?entre eux grimpait sur des chevaux presque avant de savoir marcher, et ils le font avec agilité. Ma Crossrunner devient ainsi l?attraction du soir près des yourtes où je m?arrête, et tous les regards s?allument d?envie. Le mien de monter sur leurs splendides chevaux, le leur de monter sur ma moto. Echange?
Je roule jusqu?à l?extrême est du pays, proche de la frontière de la Chine qui m?est fermée, puis à la ville de Karakol, au bord du lac d?Yssy-kol, le plus grand lac de montagne du monde (salé). Une petite ville théâtre du dernier grand marché animalier du pays, tous les dimanche, qui m?impressionne par son ampleur et la quantité impressionnante de chevaux, vaches, chèvres, moutons, yacks, et même voiture, nouveau cheval-mécanique encore peu rependu malgré tout.
Mais Karakol et son lac qui commence à prendre des teintes automnales est aussi la ville la plus orientale de mon expédition. D?ici, je vais tourner la bride de ma monture pour revenir vers mon Europe natale, non sans un fort pincement au c?ur. Il y aurait encore tant à faire, tant à découvrir, tant de rencontre? Ainsi va le voyage. J?ai quitté Rati et sa famille qui m?ont hébergé pour deux nuits pour plonger mon regard vers l?ouest : Il me reste encore plus de dix milles kilomètres pour retrouver mon monde !